La guerre industrielle

La mise sur pied des économies de guerre à la fin 1914 bouleversent les réalités constitutives du champ de bataille. Calquée sur les principes de l’industrie moderne, la guerre de matériel occupe une place sans cesse croissante dans la gestion du conflit comme l’illustrent les batailles livrées à Verdun et sur la Somme en 1916. Les pertes enregistrées témoignent du changement d’échelle des opérations militaires et de la nature des combats. On estime ainsi à 1 200 000 le nombre de tués, blessés et disparus pour la seule bataille de la Somme et dans les deux tiers des cas, les pertes sont imputables aux effets de l’artillerie.

L’industialisation du champ de bataille conduit les belligérants à réévaluer leur doctine militaire.

Alors qu’avant 1914, les données économiques et sociales sont envisagées comme une source de contrainte et confortent les états-majors dans l’idée d’une guerre courte, celles-ci s’imposent, sous le coup de l’expérience, comme une condition essentielle à la poursuite des hostilités et comme un atout majeur pour décider du sort des armes.

L’échec des grandes offensives de 1916 et 1917 n’entame pas le processus engagé. Au contraire, la guerre de matériel devient par la force des choses une stratégie en soi à travers laquelle se révèlent que plus clairement les tenants et aboutissants de la victoire. Du côté allemand, le succès d’ordre défensif sur la Somme n’avait pas manqué de faire prendre conscience de la supériorité matérielle acquise par les Alliés, facteur qui allait conduire l’état-major allemand, l’année suivante, à renforcer la mobilisation économique et à se lancer dans la guerre sous-marine à outrance. Du côté britannique, la bataille aura elle aussi, comme effet de radicaliser l’opinion contre l’Allemagne et l’engagement dans une « guerre totale ». En France, il faudra l’échec de l’offensive sur le Chemin des Dames en 1917 pour que la logique en soit pleinement acceptée comme le résume cette phrase prêtée au général Pétain  : « J’attends les chars et les Américains ».

Le délitement des empires centraux au cours de l’été 1918 sera l’aboutissement logique d’une gestion du conflit qui tourna à l’avantage des Alliés avec l’engagement américain. Il n’y aura pas de retour à la bataille décisive mais plutôt recul, désengagement et reddition de l’adversaire, conséquences du déséquilibre des ressources matérielles, physiques et morales qui s’était creusé entre les deux camps.

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