L’attaque au lance-flammes sur la Butte de Vauquois le 6 juin 1915

Extrait du 2e carnet de route de Laurent Pensa musicien-brancardier au 31e régiment d’infanterie

Dimanche 6 juin 1915  

Depuis plusieurs jours on parlait d’attaquer Vauquois. Le petit chemin de fer Decauville transportait des torpilles, des munitions en quantité et des réservoirs de pétrole. L’attaque qui était fixée à 5 heures est remise à 6, à 7 heures du soir. La journée, vers 1 heure, après un bombardement, nous pensions que l’attaque aurait lieu tout de suite (nous allions à ce moment-là aux distributions qui se tenaient à La Barricade. Point de tout). Elle n’était remise qu’au soir 8 heures ; nous voyons alors une épaisse fumée s’élever de Vauquois, immédiatement, un bombardement puis une fusillade très serrée. Nous nous couchons attendant qu’on nous appelle aux blessés.  

Jets de liquides enflammées. Appareil fixe. Expériences faites au camp de Mailly le 5 décembre 1916

aéroplane s'élevant, octobre 1915, photographie prise par Paty, camarade de Laurent Pensa

Photographie de Laurent Pensa

Le lance-flammes est utilisé pour la première fois par les Allemands dans le secteur de Malancourt en Argonne le 27 février 1915. L’appareil se compose de deux bouteilles : l’une remplie d’azote pressurisé assure l’évacuation du pétrole contenu dans l’autre à travers un embout où est placé le dispositif de mise à feu. Le 22 mars 1915, les Allemands utilisent le lance-flammes sur la Butte de Vauquois. La réponse française évoquée brièvement dans le journal de bord de Laurent Pensa s’effectue le 6 juin 1915. Précédée d’une intense préparation d’artillerie, l’attaque au lance-flammes à laquelle participent le 31e et 76e régiment de Paris débute en soirée : les unités spéciales des pompiers de Paris équipés de modèles « Schilt »* projettent le liquide sur la première ligne ennemie enflammée par les grenades incendiaires. Mais l’opération tourne au fiasco pour les Français suite à un changement d’orientation du vent qui provoque un formidable retour de flamme dans les lignes françaises et sème la panique parmi les troupes d’assaut.

* Équipement se composant de réservoirs d’une capacité d’environ 80 litres de pétrole et de bouteilles de 500 litres d’azote comprimé.

 

Lundi 7 juin

Les premières équipes partent en pleine nuit ; mon équipe, le 15e, n’est appelée que vers 2 heures et demie  du matin ; il fait jour à cette saison. Nous allons au Chemin Creux. Là nous avons quelques indications données par les blessés : un certain nombre ont été brûlés, le vent étant contraire, et ramenant les flammes de notre côté. On dit que les pertes allemandes sont bien plus fortes que les nôtres. Notre artillerie a tiré avec une grande précision (nous avons eu une douzaine de morts dont quelques pompiers de Paris qui manoeuvraient les pompes lançant le liquide inflammable). Nous n’avons fait que labourer leur tranchée de 1re ligne. En revenant nous sommes arrosés sur le chemin par un bombardement effrayant. Nous sommes relevés le soir à 7 heures. Nous partons sur Auzéville où nous arrivons par une marche trop lente à 2 heures du matin.  

 

 

Plaque commémorative dressée sur la Butte de Vauquois à la mémoire des sapeurs pompiers de Paris tués et brûlés lors de la journée du 6 juin 1915

aéroplane s'élevant, octobre 1915, photographie prise par Paty, camarade de Laurent Pensa

Plaque commémorative dressée sur la Butte de Vauquois à la mémoire des sapeurs pompiers de Paris tués et brûlés lors de la journée du 6 juin 1915