CANOPE academie d'Amiens

Saint-Riquier – 80 – Maison Napoléon

 
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La mémoire est par essence sélective. Alors que Napoléon Bonaparte, l’Empereur déchu, décède en 1821 en exil sur son île de Sainte-Hélène, se développe dans l’esprit des Français une légende dorée à propos de ses années de règne. Seul ce passé de gloire, dont les monuments parisiens portent encore les traces, remonte à la surface lorsque l’on parle de l’Empereur. Oubliées la censure de la presse, la pression de l’impôt, le refus de la conscription ou l’occupation par les troupes ennemies. A la nostalgie s’ajoutent l’admiration, la fascination pour ce personnage d’exception, devenu également un icône pour la jeune génération romantique.

Après le court règne des deux derniers Bourbons, le nouveau roi Louis-Philippe Ier renonce d’ailleurs à combattre ce sentiment dans l’esprit des Français. La Monarchie de Juillet essaie au contraire de se l’approprier. Quelques cérémonies, comme celle du replacement de la statue de Napoléon Ier au sommet de la colonne Vendôme, le 28 juillet 1833, ou celle de la translation de ses cendres aux Invalides, le 15 décembre 1840, sont autant de grands moments fédérateurs pour le régime. Ou plutôt, c’est ainsi qu’ils sont pensés par le pouvoir. Non par les chansonniers…

Encadrée par les autorités en place ou issue de l’initiative de quelques-uns, cette mémoire napoléonienne qui prend naissance dans les décennies qui suivent le règne de l’Empereur est toujours vivace aujourd’hui. Les sociétés historiques locales, comme les clubs de passionnés qui s’attachent à reconstituer les batailles d’antan ou même les institutions de la République, chacun à sa manière se chargent ainsi deux siècles après Waterloo d’entretenir cette passion française autour du grand homme. Celle-ci a d’ailleurs marquée de son empreinte en de multiples lieux le territoire français. Par centaine en effet se comptent les monuments commémoratifs et autres maison où Bonaparte a passé une nuit.

A Saint-Riquier, au nord-ouest du département de la Somme, l’un des plus singuliers de ces lieux de mémoire est visible, rue du général de Gaulle, en direction d’Abbeville : la maison dite « de Napoléon Ier » ». Celle-ci fut la propriété de Louis-Joseph Petit. Ce dernier, ancien soldat de la Grande Armée, blessé à Ligny le 16 juin 1815 et médaillé de Sainte Hélène, devint receveur des Contributions indirectes à Saint Riquier. C’est là qu’il fit construire cette maison, en 1837, dont le pignon imite le profil du bicorne impérial. Le toit est surmonté par une statue de Napoléon Ier, dont l’originale, usée par le temps, est remplacée en 1962 en présence de S. A. le Prince Murat.

Marc Nadaux