CANOPE academie d'Amiens

Amiens – 80 – Tour Perret (IDF/IDP)

 
Amiens-80-tour Perret (IDF/IDP)
 
Amiens-80-tour Perret (IDF/IDP)

Né à Ixelles (Belgique), le 12 février 1874, Auguste Perret est le fils d’un tailleur de pierre, communard, reconverti en entrepreneur de bâtiments à son retour d’exil. Cette entreprise familiale échut aux frères Perret en 1905. Au terme d’une scolarité brillante (École nationale des Beaux-Arts), Auguste découvre les vertus du béton armé au cours de l’Exposition universelle de 1900. C’est à partir de 1903 qu’il livre ses premières réalisations alliant le fer et le béton armé. Citons les plus célèbres : le Théâtre des Champs-Élysées à Paris (1911-1913), les usines Marinoni et Grange à Montataire (Oise, 1919-1926), l’église Notre-Dame de la Consolation du Raincy (Seine-Saint-Denis), le musée des Travaux publics à Paris (actuel siège du Conseil économique et social, 1936-1946).
« Mon béton, écrivait-il est plus beau que la pierre. Je le travaille, je le cisèle. Par des agglomérats de cassons de granit ou des grès des Vosges [...] j’en fais une matière qui dépasse en beauté les revêtements les plus précieux. Le béton est une pierre que l’on reconstitue et qui ne change pas [...] Le béton est une pierre qui naît et la pierre naturelle est une pierre qui meurt. »
Architecte de réputation internationale, Auguste Perret est nommé membre du Comité national de la Reconstruction au lendemain du désastre de 1940. C’est à ce titre qu’il se voit confier un projet de reconstruction du quartier de la gare d’Amiens, projet rattaché à celui beaucoup plus vaste de Pierre Dufau. De ses travaux naîtront la tour qui porte son nom, ainsi que le nouveau complexe ferroviaire. Appelé à travailler sur d’autres projets à la Libération (Marseille et surtout Le Havre), Perret n’a pas le temps de voir son oeuvre amiénoise achevée. Il s’éteint le 25 février 1954 à Paris.
Rappelant tout à la fois les premiers buildings américains et perpétuant la tradition des beffrois du Nord de la France, la tour Perret s’est imposée dans le paysage amiénois. Décriée et adulée, elle ne laisse personne indifférent. Sa construction est décidée en 1942. Amiens, bombardée en 1940 a perdu 5 000 immeubles et le quartier sensible de la gare (place Alphonse-Fiquet) a été anéanti. Premier immeuble français en béton de plus de 100 m de hauteur, elle est située au coeur de la place, dans un quartier que l’architecte voulait à la fois résidentiel, commercial et tertiaire. Elle s’échelonne sur 25 étages, desservis par deux ascenseurs, pour une surface totale de 40 000 m2. Elle repose sur 18 puits de béton enfoncés à 9 m de profondeur. On peut en distinguer trois parties : une section carrée, classique de 19 étages ; une section polygonale de cinq étages, cassant le rythme uniforme de la précédente ; une conciergerie au dernier étage. Les travaux débutent en 1948, mais ils ne s’achèvent (faute de crédits) qu’en 1960, c’est-à-dire bien après la mort de Perret. C’est l’architecte Spoerry qui termine l’ouvrage. Symbole de modernité, inscrit parmi les Monuments historiques en 1975, cet édifice est au centre d’un vaste programme de restructuration engagé en 1999.
Franck Sahaguian.