Les instruments dans les traités
 
 

La Renaissance marque une étape importante pour les recherches organologies dans la mesure où les traités commencent à fournir des renseignements précieux sur leur composition, leur timbre et leur utilisation.
Ainsi, il apparaît comme indispensable de relever dans chacun des traités organologies rédigés au 16e siècle, les éléments essentiels qui permettront une étude comparative quant à l’utilisation organologique.des instruments au temps de François Clouet.
Parmi les ouvrages publiés au tout début du xvie siècle, il en est d’un intérêt exceptionnel, tant par sa date de parution (1511), que par son précieux contenu. Son auteur, Sébastien Virdung, prête à Ambéry, apporte, dans la Musica Getutscht, des témoignages précis tant sur le plan de la théorie musicale, que sur la composition des instruments et leur pratique de jeu. L’originalité de ce document réside dans sa présentation, puisque l’auteur entretient une conversation entre un maître et son élève. Ainsi, il développe les théories à employer dans l’apprentissage de la musique instrumentale. Avec la parution de cet ouvrage, Virdung apporte à la musique le premier traité consacré aux instruments de musique, qu’il divise en trois parties : les instruments à cordes, les instruments à vent, les instruments à percussion. De plus, l’auteur évoque un certain nombre d’éléments esthétiques qui deviennent subjectifs lorsqu’il indique que certains instruments, tels que les timbales, ont été inventés par le diable. L’illustration de très nombreuses figures donne un support visuel à la compréhension de la facture instrumentale pratiquée en Europe au début du xvie siècle, malgré le peu de détails que représentent certains croquis. Cependant, la présence de ces dessins confirme l’usage régulier des instruments dans la pratique musicale de l’époque. Dans une autre portée, l’auteur nous enseigne la manière de passer de la musique vocale à la musique instrumentale par trois sortes d’arrangements : pour clavicorde, pour luth et pour ensemble de flûtes à bec. Il ajoute que l’élève doit pouvoir passer facilement du clavicorde aux autres instruments à clavier, et, de même, du luth aux autres instruments à cordes et à frettes, et enfin de la flûte à bec aux autres instruments à vent. Cette division apparaît des plus intéressantes, car elle permet de penser que les musiciens de l’époque ont, d’une certaine façon recherché l’homogénéité de l’ensemble instrumental dans le concert au xvie siècle, même si les théoriciens ne le mentionnent pas.
À l’ouvrage de Sébastien Virdung, s’ajoute celui du compositeur et théoricien Allemand, Martin Agricola, de son véritable nom Martin Sore, né en Silésie en 1486. En 1519, il se fixe à Magdebourg où il demeure jusqu’à sa mort, en 1556. Son ouvrage, présenté en 1529, intitulé « Musica instrumentalis Deutsch », se compose de quatorze parties essentiellement composées de figures et de tableaux se rapportant soit aux instruments, soit à la théorie de la musique. Ses dessins exposent un ensemble d’instruments accompagnés de la position des doigts sur une tablature, ainsi que des notes et leur place sur la touche de l’instrument. Ainsi, le document confirme celui de Sébastien Virdung sur les instruments en vigueur au temps de Clouet. De plus, la présentation des instruments par familles conforte l’idée du quatuor instrumental, en s’opposant d’une certaine manière au concert brisé, appelé en Angleterre le « broken consort ». Enfin, le simple fait que certaines pièces vocales aient été transcrites pour la musique de danse par des compositeurs comme Tielman Susato, Pierre Phalèse ou Pierre Attaingnant, a certainement suggéré à l’auteur de la Musica instrumentalis Deutsch, l’emploi d’instruments comme le luth pour la voix supérieure, alors que les claviers peuvent jouer n’importe qu’elle partie.
Dans son Épitome musical publié en 1556, le lyonnais Philibert Jambe de Fer expose une théorie de la musique et du chant en général. L’auteur consacre une partie importante à la « flûte d’Alleman » (flûte traversière) et à la flûte à neuf trous (flûte à bec). Le théoricien insiste beaucoup sur les conceptions différentes qui existent entre les deux instruments. Puis, une explication technique détaillée est donnée sur la tenue des instruments, la technique du souffle et la pratique de jeu. Des tablatures sont présentées avant les instruments à cordes et particulièrement les violes et le violon. Comme pour les flûtes, l’auteur donne une explication technique et pratique des instruments à cordes frottées.
Un siècle après la musica getutscht de Sébastien Virdung, son compatriote Mickaël Praetorius publie en 1619 le syntagma Musicum en trois volumes, dont le deuxième tome organographia est consacré aux instruments de musique en usage au xvie siècle et début du xviie siècle. L’ouvrage composé de six portées, présente une nomenclature des instruments de musique en familles avec leurs tablatures.
L’auteur fournit une description détaillée des instruments, leur tessiture, leurs accords et la manière de les accorder. Un exposé important est destiné à l’orgue ancien (invention, description, évolution), jusqu’au xvie siècle, ainsi qu’une présentation de l’orgue moderne auxquels s’ajoutent des conseils destinés aux facteurs d’orgues et organistes des paroisses. Praetorius donne également des indications sur la manière de se servir des instruments, sans oublier les détails techniques et à quelle musique ceux-ci sont destinés. À la fin du volume, un grand nombre de planches présentent des figures d’instruments très précises. Celles-ci permettent une comparaison intéressante entre les instruments présentés par Virdung et ceux de Praetorius. Il nous semble intéressant d’ajouter à cette étude la publication de l’harmonie universelle contenant la théorie et la pratique de la musique de Marin Mersenne en 1636 à Paris. L’auteur consacre sept livres aux instruments de musique et particulièrement aux instruments du xvie siècle. Les quatre premières parties présentent les instruments à cordes pincées, à cordes frottées et à clavier. La cinquième proposition présente les instruments à vent ; la sixième partie décrit les orgues, alors que la septième traite des instruments à percussion.
Une partie particulièrement importante décrit le luth, l’épinette, la trompette, l’orgue et les cloches, comme le signa le théoricien.
« Je me suis plus étendu dans les traités du luth, de l’épinette, de la trompette, de l’orgue et des cloches, qu’en ceux des instruments, parce qu’ils sont en plus grand usage, où que l’on en fait plus d’estime que des autres, auxquels on peut accommoder tout ce que j’en ai dit. »
Chaque instrument présenté est accompagné d’une description de sa construction, de son accord et de sa pratique. L’auteur aborde le répertoire à l’aide d’exemples précis, et donne une explication sur les différents caractères des tablatures françaises et étrangères, sans oublier les ornements et les signes techniques réservés à l’interprétation. Il termine son œuvre en rendant hommage aux plus grands musiciens de son temps.